La Chine a présenté le 31 octobre, lors d’une conférence sur le vol habité organisée à Pékin, l’architecture complète de la mission qui doit déposer ses astronautes sur la Lune avant 2030. Wang Xiang, concepteur en chef adjoint du programme spatial habité chinois, a résumé la manœuvre : deux lancements, puis un amarrage en orbite lunaire. Des documents de présentation diffusés depuis la conférence vont plus loin et esquissent un enchaînement de vols d’essai qui s’étalerait de début 2027 à 2029.
Trois astronautes, deux fusées et une poignée de main en orbite lunaire
Deux lanceurs lourds Long March-10 décolleront séparément du pas de tir de Wenchang, sur l’île de Hainan. Le premier expédiera vers la Lune l’atterrisseur Lanyue, littéralement « embrasser la Lune », un engin de près de 26 tonnes capable de déposer deux personnes et un rover de 200 kilos. Le second suivra avec le vaisseau Mengzhou et ses trois astronautes. Une fois les deux véhicules amarrés en orbite lunaire, deux membres d’équipage passeront dans Lanyue pour la descente, pendant que le troisième gardera le vaisseau. L’atterrisseur redécollera ensuite de la surface, retrouvera Mengzhou, et tout le monde rentrera sur Terre à bord de ce dernier.
Wang Xiang défend ce découpage au nom des technologies et des installations déjà disponibles. Deux véhicules qui viennent « se serrer la main » au-dessus de la Lune ouvrent aussi, à ses yeux, la voie à une exploration durable, portée par une famille d’engins standardisés. Les amateurs d’histoire spatiale reconnaîtront le rendez-vous en orbite lunaire, l’architecture qui a permis à Apollo 11 de se poser en 1969. La LM-10, elle, affiche 92,5 mètres de haut pour environ 2 189 tonnes au décollage, de quoi expédier plus de 27 tonnes vers la Lune.
Début 2027, à en croire les documents projetés en conférence et largement relayés depuis, une version allégée de la fusée lancerait un Mengzhou inhabité vers la station spatiale Tiangong. Long March-10, débarrassée de ses propulseurs d’appoint, validerait au passage la capsule et son retour sur Terre. En 2028, la grande LM-10 effectuerait son premier vol avec un Lanyue vide, chargé de répéter la descente et le redécollage lunaires. En 2029 viendrait la répétition générale : deux tirs, un amarrage automatique au-dessus de la Lune, zéro occupant à bord. Pékin n’a toutefois officialisé aucune de ces années, et le vol habité lui-même reste daté d’un prudent avant 2030.
Face à Artemis, un pari sans répétition habitée autour de la Lune
Le 6 août 2025, un exemplaire de Lanyue a enchaîné atterrissage et redécollage sur un sol lunaire simulé, dans un centre d’essai de la province du Hebei. La capsule Mengzhou, elle, avait validé plus tôt une évacuation d’urgence depuis le pas de tir. Le 11 février 2026, une LM-10 réduite à son premier étage s’est élevée au-dessus de Wenchang. Le vol a permis à une capsule Mengzhou de tester son éjection d’urgence au moment où l’air frappe le plus fort la structure, puis d’offrir à la Chine son premier amerrissage de capsule habitable. Les vols inauguraux des trois véhicules restent pourtant tous devant : ni la fusée, ni le vaisseau, ni l’atterrisseur n’ont encore volé dans leur version définitive.
Côté américain, Artemis II a bouclé en avril 2026 un survol habité de la Lune : dix jours de vol pour quatre astronautes, partis jusqu’à quelque 406 800 kilomètres de la Terre. En 2027, Artemis III doit faire répéter à la capsule Orion, en orbite terrestre basse cette fois, des amarrages avec les atterrisseurs d’essai de SpaceX et de Blue Origin. L’alunissage, lui, est visé pour 2028 avec Artemis IV.
Le plan chinois fait l’impasse sur tout vol habité préliminaire autour de la Lune, un galop d’essai qu’Apollo 8 puis Artemis II ont offert aux Américains. Wang Xiang assume deux principes : vérifier en orbite basse tout ce qui peut l’être, et faire voler à vide, autant que possible, tout ce qui transportera un jour un équipage. Lanyue doit ainsi dérouler l’intégralité du profil de la mission sans personne à bord, de la mise en orbite lunaire jusqu’au retour auprès de Mengzhou, en passant par le séjour au sol.
Pour la première fois depuis la course Apollo, deux programmes d’alunissage habité avancent des dates aussi proches : 2028 pour Washington, fin 2029 au plus tard pour Pékin. Les deux dates restent des cibles exposées aux glissements, entre des atterrisseurs américains qui inquiètent jusqu’au comité de sécurité de la NASA et une fusée chinoise qui n’a jamais vu l’orbite. Pour les passionnés d’espace, 2027 s’annonce comme l’année juge de paix : Orion s’amarrera, ou pas, à ses atterrisseurs d’essai, pendant que la famille LM-10 devrait enfin viser l’orbite.
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Source : Ars Technica

