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La vérité éclate sur le Boeing Starliner et les astronautes de la NASA « bloqués » dans l’ISS

Froid glacial, perte de contrôle, miracle… Le premier vol habité de la capsule Starliner, qui a laissé les astronautes Sunni Williams et Butch Wilmore bloqués dans la Station spatiale, a été cauchemardesque. De retour sur Terre, ils témoignent d’une détresse longtemps gardée sous le silence de la NASA et de Boeing.

La vérité finit toujours par éclater. Lundi soir au Centre spatial Johnson, à Houston au Texas, Suni Williams et Butch Wilmore terminaient une journée d’interviews avec les médias – leur première depuis qu’ils touchaient à nouveau le sol terrestre, au retour d’une mission de 277 jours en orbite. Peu de temps avant de partir, Butch Wilmore devait rencontrer le journaliste Éric Berger d’Ars Technica, pour parler d’un sujet longtemps oublié chez les autres médias invités, focalisés sur la politisation du retour sur Terre des deux astronautes « bloqués » dans la Station spatiale internationale sur commande du président Donald Trump, avec quelques jours d’avance sur le calendrier initial de la NASA.

Plutôt que de parler de leur séjour prolongé à bord de l’ISS, qui aura duré 269 jours de plus que prévu, le journaliste revenait sur le problème central qui avait conduit les astronautes à devoir compter sur une nouvelle capsule de SpaceX pour les faire rentrer sur Terre : le dysfonctionnement de Starliner, la première capsule spatiale de Boeing avec laquelle Suni Williams et Butch Wilmore embarquaient pour la première mission habitée. Avec du recul sur la situation et après avoir définitivement terminé sa mission en orbite, Butch Wilmore s’est confié, et révélé des choses que jamais la NASA ou Boeing n’avaient reconnues jusqu’alors.

C’était, pour le dire simplement, une mission cauchemardesque. Derrière les pannes et dysfonctionnements de la capsule Starliner, les deux astronautes ont connu de nombreuses frayeurs, et vu leur vie défiler, alors que les risques augmentaient pour que leur amarrage à la Station spatiale internationale échoue. Pire encore, un retour sur Terre en urgence n’était plus possible d’être envisagé, si Suni Williams et Butch Wilmore n’arrivaient pas à s’aligner avec l’ISS. « Nous nous trouvions dans une situation très précaire », annonçait Butch Williams à Ars Technica. « Nous étions en tolérance zéro », ajoutait-il.

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Le vaisseau Starliner de Boeing, dans lequel Butch Wilmore et Suni Williams ont réalisé le premier vol habité, avant qu’il ne rentre à vide sur Terre à cause de ses dysfonctionnements, sur décision de la NASA © Boeing

Les pannes en série du vaisseau Starliner

Le récit de Butch Williams a de quoi faire froid dans le dos. C’est d’ailleurs en parlant des faibles températures à bord de la capsule de Boeing que l’astronaute se confiait. Après leur décollage de Cap Canaveral en Floride, perché tout en haut d’une fusée Atlas V, les deux passagers racontaient avoir dû remettre leur combinaison spatiale alors qu’il ne faisait même pas 10°C dans la capsule, ce qui n’annonçait rien de bon sur le fonctionnement nominal des systèmes du Boeing Starliner. Il leur fallait pourtant se reposer, avant d’attaquer une deuxième journée plus complexe que la première où la capsule allait devoir utiliser ses fameuses valves et propulseurs, des équipements qui avaient déjà posé problème sur des vols d’essai OFT (Orbital Flight Test) réalisés en 2019 et 2022.

Butch Williams commençait par dire : Naveed Hussain [ingénieur en chef de la division Défense, Espace et Sécurité de Boeing ndlr] m’a demandé quelle était ma plus grande inquiétude. J’ai répondu : les propulseurs et les valves, car nous avions eu des pannes lors des missions OFT. Je me disais : si on perdait les propulseurs, on pourrait se retrouver dans l’espace sans pouvoir le contrôler. C’est ce que je pensais. Et qu’est-ce qu’il s’est passé ? On a perdu un premier propulseur. » À ce moment, lorsque les ennuis débutaient, l’astronaute expliquait qu’il avait dû prendre la décision de passer en mode manuel sur le contrôle de Starliner, afin de garder le contrôle sur l’approche vers l’ISS. Mais alors que Starliner s’approchait à quelques centaines de mètres de la station, un deuxième propulseur est tombé en panne.

« Nous ne savions pas pourquoi. Ils nous ont tout simplement lâché », expliquait Butch Williams, avant de se plonger dans des détails méconnus sur leurs frayeurs. « Voici la partie que vous n’avez sûrement pas entendue. On a perdu le troisième et le quatrième propulseur. À ce moment, nous avions complètement perdu le contrôle sur les six degrés de liberté du Starliner », expliquait-il, alors qu’au même moment, ses interrogations avec Suni Williams se concentraient aussi autour d’un plan à suivre en cas de perte de contact avec le centre de contrôle au sol. Devaient-ils continuer de tenter un amarrage ? Ou prendre le risque de freiner la capsule et se lancer dans un retour sur Terre sans garantie ?

« Je ne sais pas si on pourra revenir sur Terre à ce moment-là. Je ne sais pas si on le pourra. Et en fait, je pense que ce ne sera pas possible. Nous voilà donc là, sans aucun contrôle des six degrés de liberté, quatre propulseurs arrière en panne, et je visualise la mécanique orbitale. La station spatiale pique du nez. On n’est donc pas exactement au niveau de la station, mais en dessous. En dessous, on se déplace plus vite. C’est la mécanique orbitale. On va s’éloigner de la station. Je fais tout ça mentalement. Je ne sais pas quel contrôle j’ai. Et si je perds un autre propulseur ? Et si on perd la communication ? Que vais-je faire ? », relate Ars Technica des propos de Butch Wilmore.

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Suni Williams et Butch Wilmore, les deux astronautes « bloqués » 277 jours dans l’ISS, en attendant de pouvoir obtenir un vaisseau remplaçant du Boeing Starliner défectueux © Boeing

« Mains libres ! », ou quand Butch Wilmore et la NASA ont tenté l’impossible

Pour s’en sortir, la capsule Starliner a dû réaliser l’impossible : avec la situation ultra-précaire dans laquelle elle se trouvait, les ingénieurs au sol du contrôle de la mission ont demandé à Butch Wilmore de leur indiquer le moment le plus opportun où ils pourraient couper toute les commandes à bord de la capsule, pour réinitialiser les ordinateurs et tenter un redémarrage des moteurs. Une tentative réalisée dans un moment très délicat, alors que la tolérance était réduite à zéro (comprenez par là qu’une autre panne de propulseur aurait anéanti totalement les chances que la capsule reste stable et garde le contrôle). « Mains libres ! », déclarait Butch Wilmore au centre de contrôle, avant de plonger dans le noir, et voir ses écrans s’éteindre.

« Presque immédiatement, les contrôleurs de vol envoyèrent un signal pour neutraliser l’ordinateur de vol de Starliner et allumer les propulseurs qui avaient été coupés », racontait Éric Berger, après son entretien avec les deux astronautes. Pour Butch Wilmore, le reste des événements fut miraculeux. En arrivant à rallumer deux des propulseurs défectueux, le centre de contrôle évitait de peu ce qui faisait le plus peur aux astronautes : la perte du cinquième propulseur. « J’attribue à la providence du Seigneur le fait que ces deux jets soient revenus avant la panne du cinquième » déclarait-il. Un fonctionnement en demi-teinte, alors qu’il précisait que « lorsqu’un propulseur était actionné, c’était comme une mitrailleuse ».

À quoi ressemblent les héros ?

Après une deuxième tentative de réallumage des moteurs par le centre de contrôle, Butch Wilmore et Suni Williams voyaient enfin le bout du tunnel, ou plutôt le mode automatique, pour réaliser la dernière procédure d’amarrage. « J’étais très inquiet. Dans les simulations précédentes, j’avais même dit aux directeurs de vol que si l’on se retrouvait dans une situation où je devais remettre le système en mode automatique, je ne le ferais peut-être pas. Et ils ont compris. Parce que si j’ai un mode qui fonctionne, je ne veux pas l’abandonner. Mais comme on a récupéré ces propulseurs, je me suis dit qu’au final, il ne nous en manquait plus qu’un. Tout cela me trottait dans la tête en temps réel. Puis j’ai remis le système automatique. Et on s’est amarrés ».

Plutôt que d’y pointer du doigt les défaillances de Boeing, ou le silence longtemps gardé sur cette affaire, Butch Wilmore voulait souligner le travail héroïque, selon lui, des ingénieurs du centre de contrôle de la mission, situé au Johnson Space Center de Houston, là où il se prêtait désormais à l’exercice de l’interview. « Ces gens sont des héros. Et s’il vous plaît, imprimez ceci. À quoi ressemblent les héros ? Eh bien, les héros mettent leur char d’assaut, foncent dans un bâtiment en feu et en sortent les gens. C’est ça, un héros. Les héros passent aussi des décennies dans leur bureau à étudier leurs systèmes, à les connaître de fond en comble. Et lorsqu’ils n’ont pas le temps d’évaluer une situation, ils connaissent si bien leur système qu’ils élaborent un plan sur-le-champ. C’est ça, un héros. Et il y en a plusieurs au centre de contrôle ».

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Source : Ars Technica