Avant de s’envoler en direction des États-Unis pour des réunions avec ses investisseurs, Vanessa Hudson a fait escale à Toulouse, berceau de l’aéronautique européenne. Dans la « Ville rose », la PDG de Qantas s’est installée aux côtés de Julie Kitcher, Chief Sustainability Officer d’Airbus, lors d’une table ronde consacrée à l’avenir des avions, plus respectueux de l’environnement. Au cœur des discussions : un engagement commun pour accélérer la production de carburants durables (SAF), clé d’une première phase de décarbonation du secteur aérien, en attendant des projets plus innovants, comme des moteurs « open fan » et la propulsion à hydrogène.
Mais cette visite a également été l’occasion de confirmer une autre avancée stratégique pour la compagnie australienne. D’ici la fin de l’année prochaine, Qantas recevra un Airbus A350-1000 bien spécial, le premier d’une commande de douze appareils réalisée en 2022, pour repousser les limites de ses liaisons long-courriers, réputées pour offrir des vols sans escale entre l’Australie, les États-Unis et l’Europe. Grand absent de ses destinations, New York, sur la côte est américaine, se verra accorder une ligne directe de plus de 19 heures de vol, grâce au rayon d’action record de l’avion européen.
Annoncée sous le nom de « Project Sunrise », cette future ligne ne sera pas la seule. Elle ouvrira la voie à de nouvelles liaisons d’ultra-longue-distance chez Qantas, avec un Airbus A350-1000 spécial, baptisé « ULR » (pour Ultra Long Range) accompagné d’un réservoir supplémentaire pour atteindre un rayon d’action record de plus de 17 000 kilomètres. L’appareil existe déjà sur le marché puisque Airbus a commencé à en livrer à Singapore Airlines en 2018, mais grâce à lui, Sydney se mettra à desservir New York mais aussi Londres, uniquement desservie depuis Perth, sur la côte ouest australienne. De quoi atteindre des distances et des durées record.

« Je suis prêt à payer pour cela »
La table ronde à l’Airbus Summit prenait place dans un lieu symbolique. En face du centre des livraisons et à quelques mètres du complexe Jean-Luc Lagardère, où est produit l’A350, Vanessa Hudson touchait du bout des doigts ce qui attendra la compagnie. Avec ses douze nouveaux appareils, elle compte renouveler plus largement sa flotte pour garder en compétitivité, dans un contexte où les vols en direct coûtent plus cher, et que les compagnies doivent redoubler d’effort pour proposer les meilleurs prix, les meilleurs services et profiter des avions les plus confortables. Entre Londres et Sydney, future ligne des nouveaux A350-1000, Qantas facturera 20 % plus cher ses clients, comparé à d’autres compagnies reliant les deux villes par une escale.
« Il y a des clients qui disent : j’apprécie le fait d’arriver à destination sans escale. J’apprécie l’expérience premium et je suis prêt à payer pour cela » a déclaré la PDG de la compagnie à Toulouse, qui opère déjà sur des liaisons comme Londres-Perth, depuis 2018. Jusqu’à présent, outre son A380, Qantas ne se reposait que sur Boeing, en utilisant ses 787-9 Dreamliner en guise d’appareil pour la longue distance. Entre lui et le futur A350-1000, la rallonge sera grande : 4 000 kilomètres supplémentaires en rayon d’action, soit l’équivalent de la distance séparant New York à Los Angeles, ou de Paris à Dubaï.

Airbus A350-1000 ULR : plus de 17 000 kilomètres sans escale
Pour en arriver à une telle différence, Qantas ne comptera pas uniquement sur le supplément de réservoir du Airbus A350-1000 modifié. Il sera aidé par de nouveaux moteurs Rolls-Royce, les Trent XWB, tout comme d’un aménagement de cabine plus restreint, qui ne comptera que 238 sièges là où le fuselage de l’appareil permet d’en compter entre 350 et 400 généralement. « La charge utile que nous pourrons gérer sera limitée », déclarait Vanessa Hudson. Pour amortir le coût du voyage, le focus sera sur les billets les plus chers. La compagnie compte sur les six suites de sa première classe et les 52 sièges-lits de sa classe Business.
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Les pilotes de la compagnie ont commencé à s’entraîner sur simulateur en vue de ces futurs vols qui repousseront les limites des vols long-courriers. D’autres simulations sont opérées du côté du Centre Charles Perkins de Sydney, pour aider Qantas à gérer au mieux ses futurs vols, et notamment sur les heures des repas, et de la « nuit », pour aider les passagers à mieux vivre ces vols compris entre 18 et 22 heures. La compagnie aura une manne supplémentaire pour se préparer. Vanessa Hudson regrettait que pour lancer ses nouvelles liaisons, il lui faudra alors obtenir trois de ses douze nouveaux Airbus, soit au printemps 2027.
En attendant, les deux premiers A350-1000 feront leurs premiers vols sur des liaisons plus courtes, en reliant notamment Auckland en Nouvelle-Zélande. « Ensuite, avec l’arrivée des autres appareils, nous pourrons compléter le réseau » finissait par ajouter la PDG de Qantas. Parmi ces nouveaux maillons, la possibilité de connecter Melbourne à Dallas, ou encore Auckland à New York, et ainsi voler la vedette à Air New Zealand.
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